• Bannières de mai

     

    Bannières de mai

     

    Bannières de mai

     

    Aux branches claires des tilleuls

    Meurt un maladif hallali.

    Mais des chansons spirituelles

    Voltigent parmi les groseilles.

    Que notre sang rie en nos veines,

    Voici s’enchevêtrer les vignes.

    Le ciel est joli comme un ange.

    L’azur et l’onde communient.

    Je sors. Si un rayon me blesse

    Je succomberai sur la mousse.

    Qu’on patiente et qu’on s’ennuie

    C’est trop simple. Fi de mes peines.

    je veux que l’été dramatique

    Me lie à son char de fortunes

    Que par toi beaucoup, ô Nature,

    - Ah moins seul et moins nul ! - je meure.

    Au lieu que les Bergers, c’est drôle,

    Meurent à peu près par le monde.

    Je veux bien que les saisons m’usent.

    A toi, Nature, je me rends ;

    Et ma faim et toute ma soif.

    Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.

    Rien de rien ne m’illusionne ;

    C’est rire aux parents, qu’au soleil,

    Mais moi je ne veux rire à rien ;

    Et libre soit cette infortune.

     

     

    Arthur Rimbaud

    « Le dormeur du val Sensation »

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